A propos de Pardon

Le pardon n’est pas une baguette magique.
Il y a le pardon du vouloir et celui du pouvoir : on Veut pardonner mais on ne Peut pas.
Quand on peut, lorsque enfin la tête et le cœur finissent par être d’accord, il reste le souvenir; ces choses douloureuses qui remontent à la surface, qui troublent et raniment la colère ou la haine.
C’est le pardon de la mémoire qu’il nous est alors proposé de vivre.
Ce n’est pas le plus facile.
Il exige beaucoup de temps.

J’ai eu la chance de rencontrer des gens vrais.
Ils m’ont aimé avec l’empreinte de mon passé,
Ils ont osé accepter ma différence, mes soubresauts d’homme blessé.
Ils ont écouté ma souffrance et continué de m’aimer après les orages.
Maintenant, j’ai la mémoire d’avoir reçu.

Le passé se réveille à cause d’un son, d’une parole,
d’une odeur, d’un bruit, d’un geste, d’un lieu entr’aperçu…
Un rien suffit pour que les souvenirs surgissent.
Ils me bousculent, ils me griffent.
Ils me rappellent que je suis encore sensible, que j’ai toujours mal.
Je ne serai peut être jamais totalement pacifié.
Il me faudra sans doute recommencer mon pardon, encore et encore.
Est-ce le « soixante-dix-sept fois sept fois » dont parle Jésus ?

Pardonner, ce n’est pas oublier.
C’est accepter de vivre en paix avec l’offense.
Difficile quand la blessure a traversé tout l’être
jusqu’à marquer le corps comme un tatouage de mort.
J’ai récemment dû subir une opération des jambes :
Les coups de mon père ont provoqué
des dégâts physiques irréparables.
La douleur se réveille souvent ; avec elle, la mémoire.
Pour pardonner il faut se souvenir.
Ne pas enfouir la blessure, l’enterrer,
mais au contraire la mettre au jour, dans la lumière.
Une blessure cachée s’infecte et distille son poison.
Il faut qu’elle soit regardée, écoutée, pour devenir source de vie.
Je témoigne qu’il n’y a pas de blessures
qui ne puissent être lentement cicatrisées par l’amour.

(d’après un texte de Tim Guénard)